
2. Lustrex
Pénombre. Lolita le nez en l’air sous un lustre extravagant. Tout près, un escabeau. Par terre, un carton d’ampoules.
Ben voyons.
Rien que ça.
Cinquante kilos de cristal.
Dix millions de watts.
Bravo les économies d’énergie.
Fait pas se gêner.
Tu t’habilles comme ça tous les jours ?
C’est pour aller au boulot ?
Au marché ?
Chercher le courrier chez ta concierge ?
T’as pas peur de te faire remarquer ?
Remarque, la nuit, dans les ruelles sombres, tu peux servir.
Si tu cherches à D dans le dico tu vas trouver « Discrétion », tu devrais essayer, ça devrait te plaire.
C’est honteux.
Allumeur.
Un courant d’air fit tinter le lustre.
Tu fais aussi son et lumière ?
Merci de m’avoir invitée.
Toujours aimé le cirque.
Nouveau tintement.
Ça te fait rire ?
Pas moi.
Tintement plus appuyé.
Comment ça, « Tu grimpes chérie ? ».
Ça va pas la tête ?
Pour qui tu me prends ?
Tu m’as regardée ?
J’ai une gueule de guenon peut-être ?
Je grimpe au premier coup de sifflet, c’est ça ?
Je m’accroche au lustre ?
Et au premier coup de vent tu m’envoies en l’air ?
Et toi aussi par la même occasion ?
Et tout ça sans filet ?
Toi t’es tranquille, bien vissé au plafond, risque zéro, hein ?
Roméo électrique.
Viens chez moi, je te montrerai ma collection d’ampoules japonaises.
Exposition alternative de douilles, visite des culots, frisson garanti.
« Zut ! La Juliette à lâché l’échelle ! J’ai rien fait, M’sieur l’Juge, j’vous jure, j’ai essayé, mais elle a glissé, pas pu la rattraper ! »
Tintement joyeux.
M’en fous de ton fric.
M’intéresse pas.
Le lustre s’agite et se met à clignoter plus vite.

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