dimanche 17 février 2008

extrait de "souriez vous êtes assassiné!" : can(n)ards



Dans ce monde nouveau de maîtres tenus en laisse par des chiens d’élevage et de trafic, et de poussettes tamponneuses, une troisième tribu tient le haut du pavé. Pour des raisons plus ou moins avouables, ils ont une canne, et la détérioration de la morale publique faisant qu’on ne leur cède plus le passage, ils ont dû se rendre agressifs, sous peine de se voir confinés chez eux aux heures ouvrables. Avec eux, le choix des méthodes est presque illimité. Pour le premier, un croche-pied au sommet d’un escalier a suffi. Ces gens meurent assez bêtement, en criant « Ma canne ! Ma canne ! ». On va t’en donner, de la canne.

Ces gens canent aussi bêtement qu’ils ont vécu. De travers. Ils boitent vers la mort comme ils ont boité leur morne existence ou leur vieillesse arthritique. Coin-coin.

On aura compris que si je devais me retrouver un jour dans leur situation, je serais le premier à me faire un croc-en-jambe. Ne serait-ce que pour ne pas prendre la mauvaise habitude de vivre en prothèse.

Quand je suis euphorique, j’ai envie de leur crier « Jetez vos cannes par-dessus les moulins ! ». Ça ne dure guère.

extrait de "souriez, vous êtes assassiné!": yourte



Elle est introuvable. J’y entasse depuis l’enfance des mouchoirs en papiers qui n’ont qu’un effet de gala, de théâtre, sur mes rhumes chroniques. J’y éternue en toute liberté. J’observe, en fermant simplement les yeux, le mouvement incompréhensible qui anime l’étau qui enserre mes tempes. L’eau qui coule de mes yeux, de mes narines, qui saute en postillons de ma gorge quand je tousse, est aussi salée que mon élément naturel. Un esprit mélodramatique m’accuserait probablement de pleurer. Pitoyable.

Aucun chemin n’y mène, elle ne figure sur aucune carte, elle aveugle les satellites, échappe à toutes les explorations.

Elle est, patchwork artisanal de peaux de pierre, au cœur du cœur de mon cœur.

J’y passe des hivers interminables et répétitifs.